La femme était éprise de tous les fantômes qu’elle regardait dormir

Inspirées des Poèmes express de Lucien Suel, les Pièces uniques de Catherine Hemery-Bernet utilisent le même procédé : le caviardage. Biffer le maximum de mots sur une page de roman jusqu’à arriver à une combinaison satisfaisante pour l’esprit.

Catherine pousse le bouchon un peu plus loin. macorlan003Elle s’empare d’un livre, et pour chaque page de droite isole une succession de mots qui font sens. Elle envoie alors l’objet-livre transformé à la personne de son choix pour une double lecture possible : celle de l’ouvrage original ou bien page après page, celle de ses propres créations. J’ai eu le plaisir d’être le destinataire de sa Pièce Unique n°11.

macorlan004

Il s’agit de Marguerite de la nuit suivi de A l’hopital Saint-Martin de Pierre Mac Orlan. Éditions Bernard Grasset, 1925, Le livre de poche, 1959 qui devient Un mari te guérit de là. Pièce unique débutée le 17/06/2015 et achevée le 06/07/2015.

L’exercice n’a pas vocation à la continuité narrative, mais je ne résiste pas au plaisir de me l’approprier à mon tour.

Procédé : parmi les 82 propositions de lecture, en sélectionner subjectivement un nombre aléatoire dans l’ordre d’apparition.
Ce qui donne :

Une quantité de petits morts lilas se tenait debout, les yeux égarés.
Assis sur la langue, le refrain s’était souvent demandé ce que signifiait ce derniers vers,
Il suffira d’un peu de sang pour mon amour empourpré.
L’affreuse lueur de la nuit se hâtait le long des maisons endormies,
Le dénuement le ravissait comme le vide par la fenêtre et le recul dans le temps
Débarrassé du roman, risquer la mort écœurait.
Dans sa robe rousse silencieuse, la silhouette méprisait les arbres souvenirs.
Saisir le rythme, raidir la rage, alimenter les exagérations de l’amour,
Évidemment, tu me voudras, tu as peut-être raison.
La femme était éprise de tous les fantômes qu’elle regardait dormir.
A quelques centimètres des roues d’une auto, elle perdait ses couleurs et la tête.
Il tendit une joie valable, petite sentimentale et M. Léon finit par la prendre

Au petit jour, la rue s’empara de l’air et le sol de l’ombre.
Collé dans ce moment d’intérêt public, j’étais le créateur de la plus désirable intensité.
Bruit de liquide, chapeau baigné dans un verre renversé, odeur rose.
A fleur de lame, de minuscules taches de sang,
D’une minute à l’autre le cœur serait mou sous la foule, aplati lentement, très lentement.
Une petite femme conduisait en tenant des propos dégoûtants d’une voix enrouée.
Voix dans l’escalier, odeurs dans ma chambre, trois hommes dans mes yeux,
Un cri d’enfant noua mon front aux rideaux fermés.
Dans les yeux, le désir et un excès de honte presque divin.
L’abondance ne se montrait pas chiche d’impressions mais de mouvements.
Aussi blancs que les images que mon cerveau rendait curieuses, quelques films inquiétaient le monde.

Précisons que Catherine est également à la barre des Éditions Rue du Départ où elle propose de petits trésors : superbes textes dans de beaux « little big books ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.